Mon petit Sam,
Dimanche, c’était la Saint Nicolas.
Fête banale pour tous les adultes qui ne sont plus des enfants et pour tous ceux qui n’en ont pas encore.
C’est pareil pour moi. Simple occasion de recevoir quelques bonbons que Maman s’amuse encore à aller acheter pour ses filles et leur amoureux. Mais cette année, la Saint Nicolas a été teintée de plus de tristesse que d’habitude pour moi.
Déjà un mois sans toi.
C’est quoi un mois ? Rien du tout.
Un temps si court, et pourtant.. j’ai l’impression que tu nous as quitté il y a un an déjà.
La vie suit son cours depuis ton départ.
Les parents sont partis en vacances comme chaque année à cette période. Ça ne m’a jamais posé problème qu’ils partent et que je reste seule à la maison. J’adore ça même. Depuis mes 14 ans.
Mais cette fois-ci, j’ai vraiment eu difficile à supporter les premiers jours. Sans toi. Tout était vide. Calme. Morbide.
Avant, je me disais que tu étais au jardin ou au salon, à te vautrer dans l’herbe ou à faire la carpette sur le tapis.
J’étais rassurée, on était deux dans la maison.
Même si ma journée était vide, vautrée devant la télé, j’avais toujours tes repas à préparer à heures régulières, veiller à te sortir à temps, jouer avec toi. Avant de monter me coucher, je m’assurais que tu avais tout pour la nuit, que tu étais bien installé et que tout était fermé et calme dans la maison. Cette fois-ci, j’étais vraiment seule. Aux repas. En rentrant du boulot. La nuit.
Des tas de petites choses me manquent sans toi.
Qu’est-ce que j’ai pu râler de sentir ta truffe pousser mon coude et me faire renverser mon café à table le matin.. ou te voir près de moi et sentir tout à coup mon pantalon mouillé sans en comprendre la cause, avant de te voir baver comme un robinet sur mon jeans tout propre.
Aujourd’hui, je donnerais tout pour te voir débouler en courant et me baver dessus sans arrêt.
Personne pour m’accueillir quand je rentre non plus.
Tu te souviens quand je rentrais à la maison ? J’ouvre, je rentre, je claque la porte et j’attends. Au bout de quelques secondes, ta truffe dépasse par l’entrebâillement de la porte pour venir voir qui vient de rentrer. Un grand sourire de ma part, et c’était la fête dès que tu comprenais que j’étais de retour.
Tu me manques, bordel. Quelque chose d’incroyable.
Énormément de choses se sont passées depuis ton départ, tu sais.
Mon boulot en tant que Kiné fonctionne à merveilles.
Les patients sont ravis et mes horaires sont surchargés jusque 20h.
J’ai parfois un peu de mal à me lancer dans la journée, avec la fatigue, les milliers de papiers à remplir, les dizaines de coups de téléphone à donner, mais une fois sur la route entre mes différents domiciles, le temps passe à une vitesse folle.
Je travaille surtout avec des bout’choux, entre 3 mois et 9-10 ans, et j’ai vraiment trouvé le domaine qui me plaisait.
Mêmes les plus chenapans d’entre eux finissent par m’attendrir, et c’est toujours avec regret que je clôture un traitement chez un de mes petits patients.
Sinon, MonChéri et moi recevrons bientôt les clés de notre maison. Je râle que tu ne puisses pas la voir, tu sais. Le jardin est immense. Tu aurais adoré. On avait déjà arrangé que tu passerais les vacances de Pâques chez nous, pendant le voyage des parents. Mais finalement..
Maman parle à nouveau de toi à la maison aussi, tiens.
Des photos de toi traînent un peu partout, et prononcer ton nom à table ne provoque plus de grands froids.
Je me dis qu’on avance. Même si c’est lentement.
On commence à s’habituer au jardin vide, au calme morbide de la maison en soirée et aux aboiements du chien du voisin, qui au début nous donnaient à toutes des décharges électriques dans tout le corps, tant ses aboiements ressemblent aux tiens.
Ça a été difficile au début de revoir d’autres toutous comme toi. Les voir se promener avec leur maître, alors que nous, on était si seuls..
Je retiendrai toujours une phrase que maman nous a dite le jour où tu es mort : “Plus jamais ça les filles”.
Sur le moment même, j’étais d’accord avec elle. Quelle horreur d’adopter un chiot et de se dire qu’il mourra un jour.
Dans un an. Cinq ans. Dix ans. Demain.
Un enfant, on peut se dire qu’en tant que parent, on ne le verra jamais partir, on partira avant. Mais un chien.
Finalement, on va accueillir un nouveau toutou, mon Sam.
Je suis certaine que tu ne nous en voudras jamais pour ça. Avoir passé 11 ans de vie ensemble, comme 6ième membre à part entière de la famille, ne sera jamais effacé. Tu seras toujours notre nounours, notre Sam, notre ‘tit fou d’amour.
Mais la vie est trop dur sans toi dans la maison. Une fois dehors, c’est gérable. On travaille, on court, on s’occupe pour ne pas réfléchir.
Mais dedans, c’est impossible.
Un nouveau petit chien débarquera donc à la maison d’ici le mois de janvier.
La vétérinaire nous a conseillé de ne pas l’appeler Sam. Trop gore selon elle. J’ai ris. Maman aussi.
Tu nous manques terriblement, mais tu es toi. Impossible à remplacer. Tu as pris trop de place dans la famille.
Les filles voulaient un cocker au début, pour ne pas avoir un chien qui te ressemble. Trop dur à supporter à l’époque.
Finalement, j’ai bien vu que c’était d’un Golden dont Maman avait envie. Et moi avec.
En souvenir de toi, on l’a appelé Max. Beaucoup t’appelaient déjà Max au lieu de Sam. Va t’en savoir pourquoi !
Et c’est ton nom à l’envers, donc tu seras encore un peu plus parmis nous à chaque fois qu’on criera son prénom.
On s’apprête à revivre les joies de l’éducation d’un chiot.
Toutes les bêtises tu faisais étant petit – nos pantouffles s’en souviennent encore, les pipi-caca la nuit juuuuste à côté du papier journal, histoire de bien nous faire râler, les pattes mouillées et boueuses en rentrant du jardin, les escapades à travers le filet du jardin pour aller flâner en rue – seront bientôt à nouveau d’actualité.
Et ça je t’avoue mon grand, ça me fait déjà du bien rien que d’y penser.
Que maman s’occupe à nouveau de quelqu’un à plein temps, qu’elle ne soit plus seule à la maison en journée, ou moi quand je passe les vacances ici..
J’ai hâte qu’il débarque et que ce soit à nouveau le bordel monstre dans la maison.
Les cris. Les poils partout. Les gamelles à la cuisine qui traînent, sur lesquelles on trébuche et qui se renversent partout.
La vie dans le jardin. Le parquet qui s’abîme petit à petit à force de pattes mouillées dessus.
Les promenades interminables les premières années. Les aboiements en plein milieu de la nuit parce que quelque chose ne va pas.
La bouffe volée à table discrètement, et que finalement tout le monde a remarqué.
La famille s’apprête à accueillir un nouveau membre.
Son septième membre.
Je sais que tu es toujours là et que tu le seras toujours.
Je t’aime fort mon ‘tit fou !